Stranger Things - Critique

Stranger Things, un succès basé seulement sur la nostalgie ?



Cet été, Netflix diffusait la première saison de Stranger Things, une série d'horreur/fantastique qui a connu un certain succès. 
Le pitch : en 1983, un garçon de douze ans disparaît mystérieusement. Sa mère, son frère, le chef de la police et ses amis se lancent à sa recherche, alors que ces derniers découvrent aussi une jeune fille quasi muette qui vient d'échapper aux expériences sur le cerveau et qui peut les aider à retrouver leur ami.

La série n'a rien de vraiment particulier outre le fait de se dérouler dans les années 1980, nous présentant donc une époque qui n'est qu'assez rarement exploitée dans les productions actuelles.

Hors, cette série a eue un certain succès. Curieuxse de son parti pris et des éloges que j'ai pu entendre et emballæ par le genre (j'aime le fantastique dans ce genre là), j'ai donc regardé Stranger Things.

Je l'ai trouvé correcte, mais je ne comprends pas ce qui lui vaut son succès. 
Je vous propose donc de m'accompagner dans cette critique pour essayer de voir ce qui va ou ne va pas.
Il n'est pas nécessaire d'avoir vu la série pour lire cette critique, les éléments clés de l'intrigue seront sous-entendus, pour que celleux qui ne l'ont pas regardée puissent quand même suivre (et peut-être leur donner envie de la regarder pour se forger leur propre opinion).




Les personnages


On va démarrer par un point plutôt positif : les personnages.
C'est souvent elleux qui décident de ce que je vais penser d'une série. Or, Stranger Things a des personnages touchants et attachants malgré le fait qu'iels soient clichés.

La série a fait le pari risqué de nous faire suivre l'histoire principalement du point de vue d'un groupe de jeunes nerds.

Dustin, Mike et Lucas, à la recherche de leur ami Will
J'avoue à avoir eu peur du résultat : c'est le genre de personnages que je trouve très vite insupportable. Pas du fait que ce soit des nerds mais du fait que ce soit des enfants, et que les enfants, ça m'insupporte généralement rapidement.
Mais pas là. Leurs personnages sont bien amenés et leur côté geek n'est pas tourné au ridicule (autre écueil très courant). Ce sont des nerds assumés et læ spectateurice est encouragé•e à rire avec eux plutôt que d'eux.
Je n'ai pas grand chose à redire sur eux, sinon qu'ils ne sont pas exempts de certains clichés, notamment dans leur maladresse avec Eleven (parce que "gnhnh, c'est une fille").


Eleven (Millie Bobby Brown)
Eleven, c'est la vraie héroïne du film. Elle est géniale, mais peut-être même trop. Difficile de critiquer son personnage, puisqu'elle est parfaite.
C'est un problème que j'ai souvent avec les personnages trop badass, iels sont trop bons pour être réalistes, rempli•e•s de simplicités scénaristiques, avec des faiblesses qui sont là juste pour les rendre plus impressionnant•e•s quand iels les dépassent.

Donc, oui, forcément, j'aime son personnage, parce qu'on n'a pas d'autres choix, mais c'est l'éternel cliché du personnage trop fort.
Je suis assez mitigæ sur le rapport qu'elle a avec sa féminité. Elle a le crâne rasé et porte au départ des habits connotés neutres, mais on a cru bon de l'habiller en robe et de lui faire porter une perruque pendant la moitié de la série, comme pour réaffirmer sa féminité. Or, mon avis est qu'un personnage féminin n'a pas besoin d'être habillé dans les codes féminins pour devenir un personnage féminin fort...

Le reste des personnages est moins intéressant. Iels n'ont rien de particulier, sont des rôles habituels de policiers cyniques, mères un peu folles, lycéen•ne•s populaires ou intellos, parents plus ou moins inquiets de leurs enfants, méchants scientifiques, etc.
Boriiiiing...
Je ne sais pas si je suis læ seul•e, mais j'ai trouvé les personnages adolescents particulièrement insupportables. Je suppose qu'iels sont là uniquement pour offrir aux concerné•e•s des personnages auxquels s'identifier, parce qu'iels n'amènent rien à l'histoire et leurs arcs narratifs se résument à des intrigues amoureuses déjà vues et revues.

Les acteurices font du bon travail, aucun soucis là-dessus. Et puis, iels sont absolument adorables en vrai.
La plupart n'étaient pas ou peu connu•e•s, à l'exception de Winona Ryder (Joyce), qui a notamment eu des rôles dans des films importants (comme Beetlejuice de Tim Burton).

Globalement, la série a quand même des problèmes de représentations avec ses personnages.
Le manque de diversité dans le casting est assez flagrant. Il n'y a qu'un seul personnage noir (Lucas), tous les autres sont blancs. Non seulement ce personnage est tokenisé, mais en plus, il est écrit comme celui qui réagit toujours un peu plus violemment, ce dont on a vraiment pas besoin en ce moment.
D'autre part, l'hétéronormativité (et je ne parle même pas de cisnormativité) fait mal aux yeux... et aux oreilles. Le mot "queer" (mot qui est aujourd'hui réapproprié et revendiqué comme identité) est utilisé plusieurs fois, toujours de manière péjorative, sans qu'il soit démenti, débattu ou contrebalancé. 
Les intriguent romantiques sont plates et uniquement hétéro (j'ai eu un peu d'espoir en voyant un regard de Barbara vers Nancy, mais nope).
Ce sont des problèmes qui ont pourtant tendance à devenir de moins en moins courants, mais il faut croire que les scénaristes ont voulu rendre hommage aux 80's jusqu'en dans les défauts qu'on leur reconnaîtrait s'ils sortaient aujourd'hui...

Au final, les personnages sont assez inégaux mais les plus jeunes sont celleux qui font tout l'intérêt de la série, avec Eleven en tête.
Mais si les personnages restent relativement bien construits, le manque d'originalité se ressent surtout dans le scénario.



Le scénario


Le scénario, c'est ce qui me fait apprécier une série sur la durée. Je ne lui demande pas forcément d'être original, s'il est capable de raconter une histoire de manière innovante ou intéressante.
Cependant, ici, dur de trouver mon plaisir. Je n'ai jamais été surpris•e par l'intrigue, dans sa situation initiale, son développement ou sa fin.
Heureusement, c'est le genre d'histoire que j'aime voir, sinon, j'aurais très vite lâché l'affaire. Tout au long de la série, j'ai suivi le déroulement des événements, attendant le twist qui me surprendrait, le déclencheur qui me ferait revoir toute la série d'une autre manière, mais non, rien.
L'hommage est annoncé dès l'affiche

La raison de ce manque d'originalité vient de cette volonté de rendre hommage aux films des années 1980. Ce sont ces films qui ont basé nos attentes d'aujourd'hui sur les produits de culture populaire et Stranger Things verse dans le pur hommage, sans prise de risque ou d'originalité.


Résultat, sans trop vouloir en dévoiler, on se retrouve avec un mélange de films de Steven Spielberg, Ridley Scott, Wes Craven et autres John Carpenter. Les plans de certaines scènes reprennent même directement ceux de ces films.
Alors, ça peut être rigolo de faire la chasse aux références, mais le problème est que le scénario est complètement prévisible.

Si vous voulez retrouver l'ambiance des films de cette époque, la série peut vous plaire. Mais pourquoi regarder la copie quand on peut regarder l'original ?
Car c'est le grand reproche que je fais à Stranger Things : il n'y a rien d'innovant et n'est qu'une copie à moitié bien actualisée du film type des 80's.

J'ai envie de la comparer à Star Wars VII : c'est un remake assumé du premier (enfin, quatrième dans le scénario) film Star Wars. J'ai l'impression que Stranger Things essaie de faire un Star Wars VII en remettant à jour quelque chose qui a bien marché à l'époque. C'était plutôt réussi dans SW : le film reste un Star Wars mais s'inscrit aussi dans son temps, en réactualisant correctement certaines choses, notamment en ce qui concerne la représentation parmi ces personnages (après, le film n'est pas forcément bon pour autant).
Mais Stranger Things, qui est en quelque sorte lui aussi un remake, peine à se mettre à jour et reproduit sans innover.

Après, ça ne rend pas le scénario mauvais. Juste peu intéressant.
Dommage !


L'esthétique


Ces défauts scénaristiques pourraient se retrouver sur l'esthétique de la série.
C'est en partie le cas, mais je trouve que sur ce point, la série ne fait pas que recopier, mais améliore, ou en tout cas, met à jour.
Les progrès techniques y sont pour beaucoup, mais je ne pense pas qu'on puisse tout attribuer au numérique : il y a un bon travail sur l'ambiance, les décors, la bande-son, etc.
J'ai bien aimé notamment tout ce qui relevait de l'Upside-Down (je n'en dis pas plus sur ce que c'est pour celleux qui ne l'ont pas vu).

Au niveau de l'angoisse et de la peur que peut ressentir læ spectateurice, je pense que c'est plutôt bien amené, mais qu'il y aurait quand même des progrès à faire.
Il y a des moments qui m'ont vraiment donné des frissons et d'autres où j'aurais dû avoir peur mais ça n'a pas marché.
Je suis un•e partisan•e du "suggérer plutôt que montrer" en ce qui concerne l'horreur. Pour moi, rien n'est plus angoissant qu'un danger dont on ne sait pas s'il est là, où il est et qui reste invisible ou seulement deviné.
Or, si j'ai trouvé que c'était correctement fait sur les premiers épisodes, la fin m'a déçue sur ce point. Le monstre reste en début de saison peu visible, puis se dévoile petit à petit, jusqu'au final où il est pleinement montré.
C'est ce que j'appelle "l'effet Jaws" : dans Les Dents de la mer, le requin est effrayant quand il reste hors-champ. Dès qu'on commence à mieux le voir, il n'effraie plus autant (et est même un peu ridicule, à mes yeux).

L'esthétique de la série est donc plutôt bien amenée, même si je ne suis pas tout à fait d'accord avec certains choix concernant la créature.


CONCLUSION


Finalement, je ne trouve pas que la série soit mauvaise, mais elle m'a déçue.
Beaucoup de gens en parlait, en disait du bien et je lui ai donc donnée une chance. Mais, comme je me disais à chaque fin d'épisode "Peut-être que le prochain est mieux", et qu'arrivé•e à la fin, je n'ai pas compris pourquoi la série avait si bien marché, je ne vois qu'une seule explication...

Stranger Things marche principalement grâce à la nostalgie.
Et je trouve ça dommage, parce que la série n'apporte pas grand chose de nouveau, n'innove en rien, alors que la série avait tout pour me plaire.

J'ai peut-être été un peu sévèr•e lors de cette critique, parce la série est quand même regardable.
Mais honnêtement, je ne comprends pas son succès et j'ai un sentiment de gâchis.
C'est peut-être aussi parce que j'ai déjà vu ou lu plusieurs œuvres semblables et que j'y compare Stranger Things.
Peut-être, alors, que la série est une bonne voie d'introduction au genre d'horreur-fantastique...


Merci d'avoir lu !
N'hésitez pas à laisser votre avis dans les commentaires !

L.

À voir aussi :

Présentation de Stranger Things par PILOTE la chronique série : https://www.youtube.com/watch?v=i_5Lh7YYM7M
Et si vous aimez ce genre d'histoires, j'écris Underworld Gods, une série de nouvelles se passant dans un univers d'horreur-fantastique lovecraftien : https://dedale-d-idees.blogspot.fr/search/label/Underworld%20Gods

Commentaires

  1. Il me semble que j’ai entendu parler de Stranger Things, mais je ne sais plus pourquoi je ne l’ai pas regardé. :/ En lisant ta critique ça donne envie de s’y mettre. :D

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