Steven Universe - Critique

Steven Universe, la série à mettre entre toutes les mains


J'aime l'animation, j'aime les séries et j'aime les dessins animés.
Il y a quelque chose que je trouve formidable dans la capacité à communiquer des sentiments à travers des petits dessins qui bougent.
Et jusqu'à présent, aucune série d'animation n'est parvenue à me toucher autant que Steven Universe (bien que quelques-unes ne soient pas passées loin).
Je ne suis pas seul•e : nous sommes des milliers de fans à travers le monde à ne plus pouvoir se passer de cette série.

Cet article est l'occasion pour moi de vous pousser à aller voir cette série, si ce n'est pas déjà fait, d'expliquer en quoi elle est géniale (on parlera aussi de ses défauts) et me sert de prétexte pour parler de l'importance de la représentation dans la production culturelle.
Car Steven Universe est un grand pas en avant, qui, je l'espère, n'est que le début d'une évolution qui va se poursuivre.

Cet article contiendra quelques spoils mineurs mais les moments clés de l'intrigue seront sous-entendus sans être dévoilés ou pas du tout évoqués, afin que chacun•e y trouve son compte.



Présentation générale de la série



Steven Universe
Genre : Action, comédie, drame, fantasy

Format : épisodes de 11 minutes
Nombres d'épisodes : à ce jour, 104 épisodes en 3 saisons + début de la saison 4 (pas encore terminée)
Dates : 4 novembre 2013 (5 mai 2014 en France) - toujours en production 
Diffusé sur : Cartoon Network
Créé par : Rebecca Sugar
Et : Ian Jones-Quartey, Matt-Burnett, Ben Levin, Kat Morris...
Musique : Aivi & Surasshu, Rebecca Sugar
Doublage VO : Zach Callison (Steven), Estelle (Garnet), Michaela Dietz (Amethyst), Deedee Magno Hall (Pearl),...
Doublage VF : Marie Facundo (Steven), Marie Diot (Grenat), Alice Taurand (Améthyste) Claire Baradat (Perle),...

Notes : J'ai regardé la série en version originale et le peu de ce que j'ai entendu du doublage français ne m'a pas convenu. J'utiliserais donc les noms anglais.
SU est l'abréviatio
n de Steven Universe.

Pitch : Steven est le fruit de l'union d'un humain (Greg Universe) et d'une Crystal Gem (Rose Quartz), cette dernière ayant disparue alors que Steven naissait. Steven grandit avec 3 autres Gems (Garnet, Amethyst, Pearl), qui sont des sortes d'aliens humanoïdes dont la mission est de défendre, à l'aide de leurs pouvoirs, la Terre des méchantes Gems.



Quelques personnages de Steven Universe

Steven Universe met donc en scène deux types de personnages : les personnage normaux (humains) et les personnages fantastiques (Gems), dont les vies et problèmes se mélangent. Steven sert de pont entre ces deux mondes, puisqu'il est à moitié humain, à moitié Gem.

Ce qui rend la série si géniale n'est pas facilement explicable, puisque ça vient surtout du ressenti. Mais combien d'épisodes m'ont laissæ les larmes aux yeux, quand ce n'est pas franchement en train de pleurer, devant ce que je venais de voir ?

Steven Universe s'inscrit dans la lignée des dessins animés intergénérationnels qui ont un certain succès aux États-Unis et qui trouvent peu à peu leur public en France.
On peut la rapprocher de plusieurs autres séries d'animation sur différents points, comme le format et le style d'Adventure Time, la positivité de My Little Poney (Frienship is Magic), le message, les relations entre personnages et le traitement des thèmes abordés à la Avatar, The Last Airbender et Legend of Korra, et trouve également une forte inspiration dans les mangas et animes asiatiques (notamment les magical girls).
Steven Universe est un dessin animé pour enfants, mais il n'est pas écrit comme tel (en tout cas, pas comme on a l'habitude de le voir). Peu importe votre âge, la série vous parlera, vous pourrez vous y retrouver, car il parle à l'enfant qui est en vous.
D'autre part, malgré son ton léger et coloré, Steven Universe aborde des thématiques assez graves (la disparition d'un proche, les relations abusives, le consentement, etc.).

Les épisodes

Le format des épisodes est semblable à celui d'Adventure Time, à savoir des épisodes d'environ 10 minutes (11 avec les génériques). Cependant, dans Adventure Time (je compare beaucoup SU à cette série, car Rebecca Sugar a également travaillé dessus), l'ordre des épisodes n'est pas toujours important, puisque la plupart des épisodes ne présentent qu'une intrigue propre à lui-même. Mais Steven Universe est un peu différent, puisqu'en plus d'avoir une intrigue propre à l'épisode, les épisodes s'inscrivent dans un arc narratif plus grand, s'étendant sur plusieurs épisodes, voir plusieurs saisons.
Adventure Time, tout comme SU,
se débrouille bien avec le format court
Certains épisodes de SU sont indépendants de l'intrigue, ou bien la sous-entendent seulement, mais la plupart sont la suite logique de ce qu'il s'est passé avant. Ils ne sont pas tous de qualité égale, et quelques-uns m'ont laissæ un peu sceptique, mais globalement, les épisodes sont bien construits.
Le format de 10 minutes marche étonnamment bien. J'aime qu'on prenne le temps de développer des personnages, leurs relations et leur évolutions (certain•e•s trouvent que c'est même trop long dans SU) et j'avais peur que ce ne soit pas réalisable dans un temps aussi court. Mais je ne trouve pas que les épisodes de SU soient bâclés ou abordés trop rapidement (c'est à mon avis parfois le cas dans certains Adventure Time).

Malgré le nombre important d'épisodes, je ne les trouve pas particulièrement redondants. C'est un risque assez courant avec les séries fonctionnant en "monster of the week", où l'intrigue connait sa situation initiale, élément déclencheur, péripéties et dénouement en un seul épisode, mais les arcs narratifs s'étendant sur plusieurs épisodes (voir saisons) nous permettent de ne pas ressentir trop de déjà vu.
On regrettera peut-être l'évolution parfois un peu lente de l'intrigue générale, avec des épisodes filler (qui n'apportent que peu d'un point de vue scénaristique) peut-être un peu trop nombreux, même s'ils permettent de laisser respirer les spectateurices et de mieux apprécier les épisodes décisifs. Cela dit, certains de ces épisodes moins importants sont aussi touchants que ceux qui bouleversent l'intrigue...

Évolution de la série au cours du temps

Il me faut préciser pour celleux qui se lanceront enthousiasmé•e•s dans le visionnage de la série à la suite de cette critique, que la série est un peu inégale et qu'elle n'est pas tout de suite aussi intéressante que ce que je prétends.

La première saison est à mon avis moins bonne que les suivantes, on met parfois du temps avant de s'attacher à tous les personnages. Par exemple, Steven est assez énervant au début, d'autant qu'il est au centre des premiers épisodes. De même, les enjeux mettent du temps à arriver et le développement de l'intrigue est assez lent.

Gardez donc cela en tête si vous vous lancez dans la série. Rassurez-vous les saisons suivantes sont bien mieux que la première !

Les personnages

Je le dis dès que je parle de série, mais les personnages sont peut-être ce qu'il y a de plus important. Or, celleux de Steven Universe sont très réussis, tou•te•s plus touchant•e•s les un•e•s que les autres.
Les dessins animés, surtout lorsqu'ils visent un public jeune, nous présentent souvent les mêmes personnages, sans qu'il y est trop de variations.
Steven Universe est un véritable progrès en termes de représentations, de parité et de diversité.
La grande révolution qu'amène SU, c'est la présence explicite de personnages queers (non-hétéros et transgenres) dans un dessin animé à destination d'un public jeune.
Voici une rapide présentation des personnages principaux.

Steven (Source)
Steven
Bien que donnant son nom à la
 série, Steven Quartz Universe n'est pas le personnage principal, mais le personnage central. C'est à dire que même si beaucoup des intrigues tournent autour de lui, qu'il est souvent au centre de l'histoire, il n'est pas vraiment mis en valeur par rapport aux autres personnages.
Steven n'est pas physiquement ou mentalement ce qu'on s'attend à trouver dans un dessin animé pour le personnage central. Il n'est ni particulièrement fort ou intelligent, il a des formes, il est simple, naïf, pour ne pas dire un peu bête. Si ce genre de personnages se trouve parfois dans d'autres dessins animés, iels sont souvent relégué•e•s aux rôles de comic reliefs et autre sidekicks qui sont ridiculisé•e•s à côté de la grandeur du héros. Pas ici.
Steven n'est pas parfait (comme tous les autres personnages, d'ailleurs) mais ses défauts ne sont pas montrés du doigt, ils font partie de lui, font qu'il est ce qu'il est.
J'ai eu un peu du mal à m'attacher au personnage au début, parce que je trouvais qu'il braillait beaucoup (c'est aussi celui dont le doublage VO me convient le moins), mais petit à petit (et alors qu'il traversait de multiples aventures) je l'ai trouvé de plus en plus supportable, voir agréable. Et il est bien plus appréciable quand on le considère à travers ses relations avec les autres.


Amethyst (Source)
Amethyst
Amethyst a un tempérament (et un physique) assez proche de celui de Steven, avec un peu moins de naïveté et un peu plus de laissez-aller et de négligence. Elle est très impulsive, se fiche de son apparence, se moque facilement, dort et mange alors qu'elle n'en a pas besoin, etc. Elle est éloignée des stéréotypes de la féminité (peut-être parfois au point de devenir de devenir un personnage se résumant à cela).
Amethyst est au début de la série la Crystal Gem la plus mise en valeur avant d'être un peu plus en retrait dans les épisodes les plus récents.
J'aime beaucoup son doublage VO (par Michaela Dietz), je trouve sa voix très originale et appréciable.
Elle a une histoire un peu différente des autres Gems, puisqu'elle est née sur Terre. C'est la plus jeune des Crystal Gems et elle a parfois du mal à trouver sa place.

Pearl (Source)

Pearl
Pearl est un peu l'opposé de ce qu'est Amethyst. Elle est rangée, soignée, attentive, n'aime pas prendre de risques. Elle est assez maniaque et parfois maladroite dans ses manières d’interagir avec les autres (elle est très vraisemblablement neuroatypique).
Je trouve son rapport avec Steven particulièrement intéressant. Sans trop vouloir en dévoiler, Pearl était très proche de Rose Quartz, la mère de Steven. Elle assez mal vécu que celle-ci se rapproche de Greg Universe puis qu'elle disparaisse pour donner vie à son fils. Mais c'est pourtant elle qui joue ce qu'on peut trouver de plus proche du rôle de mère traditionnelle pour Steven, en étant toujours inquiète de ce qu'il fait, en cherchant à le protéger et en s'énervant contre Amethyst quand elle l'entraîne dans des embrouilles.
Des trois Gems principales, c'est celle que je trouve la plus intéressante, en elle-même et dans son évolution.

Garnet (Source)
Garnet
Difficile de parler de Garnet sans spoiler. Je me contenterais de dire que si son personnage reste celui de la leadeuse sombre et silencieuse pendant toute la première saison, son développement ne démarre seulement qu'après. Mais croyez-moi, ça en vaut la peine.
Elle est souvent considérée comme la Gem préférée des fans. Personnellement, je trouve que son développement est un peu trop tardif et survolé. Mais ce qui a été dévoilé sur elle est absolument génial.


Les autres personnages
Je ne vais pas non plus trop développer les autres personnages pour vous laisser le plaisir de les découvrir par vous-même. Aucun personnage n'est parfait, iels ont tou•te•s des défauts, mais ne sont pas critiqués pour cela, au contraire, iels sont accepté•e•s comme tel•le•s.


Quelques humain•e•s de la série (Source)

D'autre part, une des particularités des Gems, qui est au centre de la série, c'est que lorsque deux (ou plus) d'entre elles sont consentantes, elles peuvent entamer une danse qui leur permet de fusionner et ainsi de devenir un nouvel être, distinct de celles qui ont participé à le créer.
Le parallèle entre la fusion et les relations (amoureuses, sexuelles, amicales, romantiques, etc.) est sous-entendu mais facile à faire. C'est pourquoi il est extrêmement important que les Gems qui prennent part à la fusion soient consentantes et conscientes de ce qu'elles font. La série montre ce qu'il se passe lorsque ce n'est pas le cas et insiste donc sur la gravité des relations abusives et forcées.

Ces personnages offrent un grand éventail de représentation, et, plus important, de représentation positive, d'individus moins souvent représentés dans les dessins animés, mais j'y reviendrais.



Le bruit des couleurs


Qu'en est-il de l'esthétique de la série ?

Le style graphique et l'animation

On observe depuis quelques années une tendance inverse de ce que laissait entendre les progrès techniques : le trait s'est simplifié et la course au réalisme à laissé place à une épuration du dessin. C'est en tout cas vrai pour Steven Universe et de nombreux autres dessins animés.
Petite parenthèse, je nuancerais tout cela avec le cas français, car j'ai l'impression que la production de dessins animés sur les chaînes françaises tendent notamment à s'orienter vers la 3D et de fuir le dessin en 2D (mais je me fais peut-être des idées...).
Steven Universe a un univers graphique très particulier, avec des paysages plus détaillés que les personnages et une place importante donnée à la couleur.
Je ne suis pas complètement adepte de ce style, je trouve le dessin parfois un peu trop paresseux (notamment parce que la profondeur de champ est assez mal gérée, la perspective un peu tordue). Mais le style est très cohérent avec le reste de la série.


Les croquis préparatifs et la musique de Rebecca Sugar

L'animation est également un peu décevante. C'est un de mes petits plaisirs inexplicables : j'aime bien voir des choses animées en mouvement fluide, c'est très satisfaisant. Malheureusement, l'animation de SU est un peu trop molle à mon goût.
Même au niveau des combats, je reste un peu sur ma fin. C'est sans doute parce que Avatar, The Last Airbender et Legend of Korra (ou n'importe quoi dans l'animation japonaise) ont placé la barre de mes attentes un peu haute, mais j'en suis un peu déçu•e.


Pas toujours très poussé, mais rigolo !
Ce sont les points sur lesquels je suis le moins prêt à défendre SU, mais ça tient surtout du subjectif et n'empêche pas de l'apprécier pour le reste.

La musique et les chansons

La musique est au cœur de Steven Universe. Elle rythme les épisodes. On chantonne le générique, apprécie les musiques d'ambiance, pleure une première fois en entendant les chansons chantées par les personnages et une deuxième fois avec le générique de fin, qui achève de nous attendrir.
Greg Universe était un musicien en herbe et il transmet sa passion à Steven, qui joue régulièrement de son ukulélé (un instrument qui lui correspond très bien).

Je ne suis d'habitude pas fan de l'exposition par chanson à la Disney, c'est à dire quand un personnage chante pour expliquer la situation qu'iel traverse. Pourtant, j'aime beaucoup comment SU le fait. La plupart de ses chansons sont composées par Rebecca Sugar elle-même et elle s'en sort très bien. Certaines de ces chansons m'ont laissæ complètement dévastæ, en larmes (comme "It's Over, Isn't It?" dont je ne me suis toujours pas remis•e).
À noter que, en VO, ce sont les doubleur•euse•s qui chantent elleux-même les chansons. Certain•e•s chantent plutôt bien (la doubleuse de Pearl, par exemple), d'autres moins (comme les doubleurs de Greg ou de Steven), mais les fausses notes sont conservées. C'est cohérent avec le thème de la série : qu'on sache chanter ou pas, on peut le faire si on en a envie et on sera accepté•e, même avec ses imperfections.



La musique de fond, composée par Aivi & Surasshu, accompagne très bien le style de la série. La musique se rapproche de ce qu'on pourrait trouver dans un jeu vidéo (l'inspiration n'est pas cachée) et se démarque dans quelque chose d'à la fois dynamique et apaisant.

L'aspect esthétique et musical de la série reste subjectif, chacun l'appréciera à sa manière, mais il est très cohérent avec son thème.



Steven Universe et la représentation



Même si ça a tendance à s'améliorer, les œuvres de fiction ont tendance à souffrir des problèmes de représentation et les dessins animés ne font pas exception, bien au contraire.
Déjà, pa
rce qu'ils sont très souvent extrêmement genrés, avec des dessins animés "pour les filles" ou "pour les garçons", ensuite parce que les personnages principaux sont toujours les mêmes.

Mais Steven Universe peut toucher un public universel tant ses personnages sont variés.
Contrairement à ce qu'on a l'habitude de voir pour une série ciblant un public mixte, le casting n'est pas majoritairement masculin ! Les séries mixtes ont tendance à ne pas trop développer les relations entre personnages, dans l'objectif de ne pas rebuter un public masculin, qui n'a pourtant pas forcément de problèmes avec ça.
Or ici, on se retrouve avec une majorité de personnages principaux d'aspect féminin (les Gems n'ont pas de genre, mais sont désignées au féminin). La série est regardée par un public mixte, ce qui prouve bien que le genre des personnages est un choix marketing de plus en plus dépassé.


Je vous recommande cette vidéo d'Alice in Animation
sur le sujet des dessins animés genrés

Là encore, je ne vais pas trop en dire, mais on a le plaisir de voir des personnages inclusifs, de tous âges, toutes couleurs, toutes classes sociales, tous genres (même hors de la binarité), toutes formes, tout fonctionnements mentaux ou physiques (donc avec des handicaps), etc.
Plus importants, les personnages ayant des "défauts", "faiblesses" ou choses qui sont souvent considérées comme telles ne sont pas ici pointé•e•s du doigt, mais accepté•e•s comme iels sont.


On retrouve de la diversité avec les doubleuses des Crystal Gems
(ce n'est pas le cas dans la version française)

Des limites ?

On peut quand même penser que la série n'est pas allée assez loin sur certains points, ou qu'ils soient abordés de manière maladroite.
Par exemple, je trouve un peu dommage que la série porte le nom de Steven Universe (pourquoi pas Steven Universe and the Crystal Gems ou juste The Crystal Gems ?) et qu'il ait une place si importante. J'ai dit que ce n'était pas le personnage principal, mais le personnage central, et j'aurais préféré qu'on pousse encore plus loin en ayant un casting principal non-masculin. Bien sûr, tout ne tourne pas autour de lui et Steven n'est pas un stéréotype de virilité et est au contraire un modèle de masculinité alternatif, mais quand même...

La représentation des personnages racisés est parfois aussi problématique. À trop vouloir montrer que certains personnages étaient bien non-blancs, iels se retrouvent parfois exagérés dans des stéréotypes. Certain•e•s estiment que la série fait en particulier de la misogynoir, car, bien que la série soit co-écrite par un homme noir (Ian Jones-Quartey), les personnages codé•e•s comme des femmes noires ("codé•e•s" parce que la couleur et le genre des Gems ne sont qu'une apparence, mais c'est cette apparence qui nous ait montrée) sont parfois problématiques.
C'est notamment le problème d'équilibre qu'on peut trouver dans le trio Garnet, Amethyst, Pearl, les deux premières étant codées noires (dans le physique pour Garnet ou dans le parler d'Amethyst), et la dernière, bien que doublée par une femme d'origine asiatique, est plutôt codée blanche. Le problème vient particulièrement du fait qu'avec la fusion de ces personnages, Pearl est un élément positif, qui vient améliorer le personnage de Garnet ou Amethyst, alors que la fusion de ces dernières est montrée comme la pire des fusions.
Je pense qu'on pourrait nuancer certains de ses arguments, mais en tant que blanc•he, je suis mal plaçæ pour en débattre, et je vous invite plutôt à lire l'avis des concerné•e•s, qui sont plusieur•e•s à avoir senti un certain malaise devant la série.

Certes, Steven Universe n'est pas parfait sur certains points et aborde certaines choses de manière maladroite.
Mais la série reste une grande avancée en terme d'inclusivité et j'espère qu'elle ouvrira la voie à d'autres séries toujours moins oppressives.

Les relations entre personnages (/!\ SPOILERS /!\)

Je voudrais détailler en quoi cette série innove en représentativité en détaillant trois exemples de relations entre personnages.
Je vais devoir spoiler un peu plus, donc passez cette partie et sautez jusqu'à la conclusion si vous ne voulez pas vous gâcher la découverte de ces relations.

Rose-Pearl
Si j'aime tant le personnage de Pearl, c'est que je trouve son développement très poussé pour un dessin animé destiné aux enfants. C'est peut-être parce que certaines choses doivent leur échapper, car la relation qu'elle entretient avec Rose Quartz est assez complexe.
De ce que l'on sait, Pearl était une Gem de moindre importance (les Gems ont une société hiérarchisée en classes sociales) jusqu'à ce que son chemin croise celui de Rose. Celle-ci lui a alors ouvert les yeux et l'a entraînée dans sa rébellion contre Homeworld et les autres Gems.
Les sentiments de Pearl envers Rose ne sont pas explicitement annoncés, mais elle ressent visiblement une énorme admiration, qui est même parfois dangereuse et dramatique parce qu'elle est prête à donner sa vie pour la protéger.
C'est presque pas du sous-texte...
Plus que de l'admiration, elle est très vraisemblablement amoureuse de Rose, ce qui n'est pas montré mais très franchement suggéré.
Cependant, il semble que Rose ne partage pas ce sentiment, ce qui entraîne un déséquilibre dans leur relation.
Après avoir rencontré Greg Universe, Rose Quartz se rapproche de lui et, bien qu'elle ne s'éloigne pas pour autant de Pearl, cette dernière va assez mal accepter la relation qui se développe entre elleux.
Nouvelle complication lorsque Rose va donner naissance au fils de Greg : elle doit pour cela disparaître. Résultat, Rose partie et remplacée par le fils de celui qui est responsable de sa disparition. Pourtant, Pearl va prendre soin de Steven, être toujours inquiète de son état et finalement le considérer comme la dernière mission de Rose Quartz.
Je trouve ça assez courageux de mettre une relation aussi compliquée dans un dessin animé pour enfant.
On pourrait condamner la série de queerbaiting (sous-entendre une relation homo-romantique/sexuelle pour tenter de satisfaire le public queer sans franchir toutefois ce pas) pour certains couples lesbien relégués à du sous-texte, mais un de ses couples est clairement reconnu et montré ! Et dans le cas de Rose-Pearl, ce n'est pas clairement exposé, mais très franchement sous-entendu.

Greg-Steven
Steven Universe nous présente un modèle de famille qui n'est pas composé d'un papa et d'une maman (déso pas déso, LMPT), mais plutôt d'un papa ayant confié la garde de son fils à trois mamans (on peut argumenter qu'Amethyst est peut-être plus une sœur qu'une mère pour Steven, mais simplifions).
On apprend dans la série que Greg s'est occupé de Steven quand il était bébé, mais qu'il l'a finalement confié aux Gems une fois qu'il était en mesure de comprendre le monde. C'est pourquoi je ne sais pas si on puisse vraiment dire qu'elles aient un rôle de mère, c'est à mon avis plus un rôle de mentor.
Rien de tel qu'un petit duo de ukulélé au soleil couchant !
Greg s'occupe de Steven à sa manière, il a une vie simple, c'est à dire remplie des complications de la vie d'un humain lambda, et vient apporter de l'équilibre dans les aventures que connait Steven en le guidant dans les troubles relationnels (qui n'est pas vraiment un point fort des Gems).
Je pense que ce n'est pas un hasard que Greg Universe ressemble autant à Homer Simpson. Greg, c'est tout l'inverse de Homer !
Malgré le fait qu'ils ne vivent pas ensemble, Greg a de très bonnes relations avec Steven. Ils s'aiment beaucoup tous les deux. J'aime bien les chansons qu'ils chantent ensemble, c'est tout mimi.
C'est agréable de voir des modèles de parentalité alternatifs, surtout quand ce n'est pas montré de manière négative.

Connie-Steven
Connie est l'amie (petite amie ?) de Steven. Elle est d'origine indienne, a des parents très surveillants de ce qu'elle fait, est fan de fantasy et est très combative. J'adore son personnage et c'est l'un de celleux auquel je m'identifie le plus.
L'alchimie entre ces deux-là !
J'aime beaucoup le fait que sa relation avec Steven reste dans le flou. Iels s'aiment beaucoup, mais on ne connait pas vraiment la nature de leurs sentiments, si c'est de l'amitié, de l'amour, ou quoi que ce soit d'autre. En tout cas, iels forment un duo absolument génial, peut-être un de mes préféré.

Stevonnie (Source)
Comme je l'ai dit, dans SU, les relations peuvent être symbolisées par la fusion. Steven étant à moitié Gem, il a hérité de la possibilité de fusionner.
Il va donc à plusieurs reprises fusionner avec Connie, pour former Stevonnie. Stevonnie est une gigantesque avancée en terme de représentation, puisqu'iel est un personnage transgenre hors de la binarité homme/femme et n'est jamais ridiculisæ. Au contraire, iel est toujours mis•e en valeur, tout le monde l'aime, est impressionné par ellui.
Étant moi-même non-binaire, vous ne pouvez pas imaginer à quel point ce personnage me fait plaisir de trouver enfin un modèle de représentation !

Bref, la représentation dans Steven Universe n'est pas toujours parfaite, mais c'est quand même un énorme progrès par rapport à ce qu'on trouve d'habitude dans des dessins animés pour enfants.



Conclusion


Vous l'aurez compris, j'adore cette série.
Je la recommande à tout celleux qui ne l'ont pas encore vue, quel que soit votre âge. Si vous avez des enfants, vous devez leur montrer ou regarder cette série avec elleux. J'aurais aimé grandir avec des personnages comme ça. Je le fais maintenant, comme de nombreux autres adultes (une bonne partie de la fan-base de SU est adulte).

Steven Universe est une série qui fait du bien.
Peut-être parfois un peu trop : j'entends par là que j'aime beaucoup comment elle aborde des thèmes graves et sérieux et que je pense qu'elle devrait le faire plus souvent.
Tout n'est pas parfait dans cette série mais certains défauts que j'y trouve viennent de mon propre ressenti.
Toujours est-il que le capital de "feel-gooditude" de la série est grand. On a envie de prendre tout le monde dans ses bras à la fin de chaque épisode.

J'aime beaucoup le fait que chaque petit détail ne soit pas là par hasard. Soit c'est pour être utilisé plus tard dans la série, soit c'est simplement un petit quelque chose qui fait du bien. Il y a parfois des plans inutiles, qui n'apportent rien sauf un petit moment de bonheur fugace que les créateurices ont pris le temps d'ajouter.

J'espère que Steven Universe (et les quelques autres dessins animés progressistes) ne sont que le début d'une évolution de la production d’œuvres à destination des enfants.
Cette série nous prouve que les personnages queers et autres représentations marginalisées ont toute leur place dans les dessins animés et c'est très encourageant pour la suite.

Bref, allez regarder Steven Universe si ce n'est pas déjà fait et n'hésitez pas à me dire ce que vous en pensez dans les commentaires ou sur les réseaux sociaux !

Merci
 à vous d'avoir lu et merci à Rebecca Sugar d'exister et d'avoir créé cette série ! <3

L.

Sources (attention aux spoilers) :

Commentaires

  1. J’ai découvert Steven Universe il n’y a pas très longtemps. Je suis tombée dessus en cours de saison. Honnêtement, j’aime bien et ton article sur cette série m’a aidée à mieux comprendre l’intrigue et le personnage principal. Mon fils aime aussi jouer aux jeux inspirés de la série sur Carton Network.

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