Mon genre est non-binaire

Mise au point sur mon genre - Alt 145



Notes de contenu : Évocations de transphobie

(Edit 05/2017) J'ai apporté des précisions et corrigé certaines maladresses.


J'ai déjà fait mon coming-out de non-binaire dans le genre sur ce blog mais je voudrais revenir sur le sujet pour apporter des précisions et parler de l'évolution de mon ressenti sur la chose. 

Je ne suis plus entièrement d'accord avec tout ce que j'ai pu dire précédemment et ce billet est un peu à considérer comme un second coming-out, ou en tout cas, une précision, une reformulation de ce que j'ai pu dire dans le premier, qui était écrit plus avec le cœur qu'avec la tête.
Je conserve le premier article, mais si vous deviez choisir entre les deux, je recommande de lire celui-ci plutôt que l'ancien. (Edit : finalement, j'ai ré-écrit l'ancien article qui est plus proche de ce que je pense actuellement)

Je prévois de faire d'autres articles sur le sujet et je pense les regrouper avec le mot-clé Alt 145, en référence à la combinaison de touches qu'il faut faire (sur Windows) pour insérer le symbole "æ", utilisé comme une terminaison alternative dans le langage inclusif et neutre.



Définitions et clarifications


Avant de parler de moi, je souhaiterais mettre quelques points au clair et faire un retour sur les définitions, pour savoir ce que j'entends derrière chaque mot. Mes définitions ne seront pas forcément les mêmes que les vôtres et je ne dit pas que j'utilise les bonnes, mais si vous voulez suivre ce que je veux dire, veuillez prendre en compte ma définition.


Différences entre sexe et genre


Il est important de faire la différence entre les notions de sexe et de genre.
On entend généralement par sexe la désignation des appareils génitaux, tandis que genre fait référence à un ressenti personnel.

Toutefois, c'est plus compliqué que ça...


Déjà, le sexe d'une personne peut être compris de différentes manières :

D'autre part, le genre peut se décomposer en plusieurs interprétations :

  • Le genre ressenti : c'est le genre auquel la personne se sent appartenir à travers ce qu'iel ressent, ce qu'iel a vécu, etc.
  • Le genre social : c'est le genre par lequel la personne est perçu•e par les autres, qui peut varier d'un individu à l'autre à propos de la même personne (par exemple au travail ou par son entourage)
  • L'expression de genre : c'est le genre reflété par l'apparence (corps, vêtements, pilosité, etc.).

On dit souvent que le genre "Femme" et le genre "Homme" sont des constructions sociales, ce qui est vrai, mais il serait bon d'indiquer également que le sexe est une construction sociale.

Au cours de cet article, "sexe" fera surtout référence aux organes génitaux et "genre" au genre ressenti, mais rappelez-vous que c'est plus compliqué que ça.

Le genre d'une personne peut être lié à son sexe, ou peut ne pas l'être.

(Edit) Précision : Le sexe peut également être compris comme synonyme de genre lorsqu'on le détache de son aspect biologisant et essentialisant, ce que je n'ai pas fait (à tort) dans cet article. On n'est pas d'un sexe/genre selon ses organes génitaux, on l'est selon le passing que l'on aura, qui déterminera notre position, notre rôle dans la société.


Cisgenre, transgenre


Lorsqu'une personne s'identifie au genre qui lui a été assigné à la naissance, on dit qu'iel est cisgenre.
Lorsqu'une personne ne s'identie pas au genre qui lui a été assigné à la naissance, on dit qu'iel est transgenre.

Certaines personnes préfèrent utiliser les mots "transexuel" et "transexuelle", mais ces termes dérangent beaucoup de concerné•e•s, car marqués par une histoire de violences psychiatriques. De plus, "sexuel" est une suffixe mal adapté et qui prête à confusion avec une orientation ou attirance sexuelle. (Note : si vous n'êtes pas concerné•e•s par la transidentité, veuillez par défaut ne pas utiliser ce terme et préférez parler de "personnes transgenres")
Certain•e•s utilisent les termes de personnes "trans" ou "trans*" afin de ne pas indiquer de suffixe et de regrouper les différentes appellations.
J'utiliserais surtout ce dernier terme dans cet article.

Les sociétés occidentales ont décidé qu'une personne était défini•e par le sexe qu'iel possède à la naissance, et que par conséquent, le genre correspond par défaut à ce sexe.
Dans un contexte de société patriarcale, sexiste, viriliste, machiste, cisnormative et cissexiste, cela pose plusieurs problèmes :

  • Le regard rapide d'un•e médécin à la naissance définit la vie entière d'une personne.
  • L'exigence de respecter des codes genrés en fonction du genre et du sexe assignés.
  • Le cas des personnes intersexes (qui possèdent des caractéristiques sexuelles mêlant femelle et mâle) qui sont vu•e•s comme des anomalies, ce qui entraîne des mutilations forcées.
  • L'impossibilité de s'identifier à un autre genre que celui qui fut assigné.
  • Le choix du genre limité à une binarité "Femme"/"Homme".
  • L'obligation de s'identifier à un genre, un seul, inchangeable.

Les sociétés occidentales ont imposé une norme : le sexe que l'on possède à la naissance détermine notre place dans ces sociétés, et, par extension notre genre.
C'est ce qu'on appelle la cisnormativité, qui implique que tout le monde devrait se sentir du genre qui lui fut assigné à la naissance.
Sauf que ce n'est pas le cas : de nombreuses personnes ne se sentent pas du genre qui leur fut assigné.

Le problème, c'est que la transidentité (le fait de se sentir d'un autre genre que celui qui fut assigné, d'être trans*) est vue comme quelque chose de mal, de tabou, d'interdit par nos sociétés occidentales.
Les remarques, les insultes et les actes transphobes sont le quotidien des personnes trans*, que ce soit par de la moquerie, du harcèlement, des violences, des viols et des meurtres.
Un problème qui est notamment favorisé par l'invisbilisation et la mauvaise représentation, qui laissent des images fausses et biaisées des personnes trans* dans la tête des personnes cisgenres.
Ce cadre là ne facilite pas l'affirmation de sa transidité et beaucoup de personnes n'osent pas se poser la question, accepter ce qu'iels ressentent ou restent "dans le placard" pour ces raisons.

Je précise "sociétés occidentales" car ce sont elles qui ont imposé les normes actuelles à travers lesquelles nous vivons, mais il est à noter qu'historiquement (et toujours actuellement), d'autres sociétés avait et ont toujours des organisations différentes, qui acceptent la multitude des genres et la transidentité. On cite souvent les Two-Spirits natifs américains ou les Hijras Indiens, mais il y en a bien d'autres, comme le montre cette carte interactive :



Genres binaires et non-binaires


Enfin, je veux terminer les définitions en parlant de binarité et surtout de non-binarité des genres.
Les genres qui sont acceptés socialement et qui sont actuellement les plus courants sont "Femme" et "Homme", qu'on appelle des genres binaires.
Les sociétés dans lesquelles nous vivons nous placent par défaut dans l'une ou l'autre de ses catégories, et ce, selon le sexe assigné à la naissance.

Cependant, femme et homme ne sont pas les seuls genres existants : il y en a au contraire une multitude, peut-être une infinité.
Certain•e•s personnes s'identifient à ses genres. D'autres également, ne s'identifient à aucun genre, ou bien qu'en partie, ou bien à plusieurs, ou bien changent d'intensité ou de genres. Toutes ces personnes là peuvent être considéré•e•s comme des personnes de genre non-binaire.
Pour faire plus simple, est non-binaire un•e personne qui ne s'identifie pas ou pas complètement/seulement à un genre binaire (femme ou homme).
On utilise aussi parfois le terme de genderqueer comme alternative, mais tou•te•s ne se reconnaissent pas dedans.

Voici quelques identités non-binaires et leur signification la plus courante (cette signification peut varier d'un•e individu•e à l'autre) :

  • Agenre : læ personne ne s'identifie à aucun genre
  • Neutre/Neutrois : læ personne s'identifie à un genre neutre ou entre un genre féminin et masculin
  • Androgyne : læ personne s'identifie à la fois femme et homme ou quelque part entre les deux
  • Bigenre/Trigenre/etc. : læ personne s'identifie à plusieurs genres en même temps
  • Xenogenre : læ personne associe son genre à autre chose (un élément, un sentiment, etc.)
  • Neurogenre : læ personne associe son genre à sa condition neurologique (par exemple, l'autisme)
  • Maverique : læ personne s'identifie à un genre autonome, qui diffère des genres binaires et ce qui en dérive
  • Genderfluid : læ personne change parfois de genre auquel iel s'identifie
  • Genderflux : læ personne change parfois l'intensité du/des genre•s auquel iel s'identifie
  • Demi-suffixe (Demi-boy, Demi-girl, etc.) : læ personne ne s'identifie pas complètement au genre précisé
  • Etc.

Ces mots peuvent avoir des significations différentes pour chaque personne. Ces personnes peuvent aussi décider de ne pas utiliser un mot qui les concerne, même s'iels se reconnaissent dedans.
Chacun•e est libre de nommer ou pas son genre, personne ne peut le faire à sa place.
Mais si un•e personne décide de s'identifier à un genre, vous devez læ respecter et s'adresser à ellui de cette manière, notamment en vous adressant à ellui avec les pronoms et les accords qu'iel souhaite (donc pas forcément au féminin ou masculin).

Ces clarifications étant faites, je peux passer à mon cas.



Mon genre


J'utilise plusieurs termes pour définir mon genre, les principaux étant non-binaire et maverique. Non-binaire est un mot-tiroir qui parle au maximum de personnes. Maverique est celui qui est le plus proche de ce que je ressens.
J'utilise principalement les pronoms æl ou iel en français et they en anglais, et les accords en æ et avec points médians ou tirets.

J'aimerais détailler le rapport que j'entretiens avec les mots que j'utilise pour me définir, ce qu'ils représentent pour moi et évoquer ceux que je n'utilise pas mais qui me concernent. Je vais également parler de mon comportement social, dans lequel mon rapport au genre se mêle à la neuroatypie.


Non-binaire


Quand je veux aller vite ou que je ne souhaite pas détailler, je me définis simplement comme non-binaire.

Non-binaire signifie pour moi que je ne me reconnais pas dans la binarité homme/femme, masculin/féminin, etc. Je l'utilise de manière politique et identitaire pour signifier mon opposition à cette binarité. Il a l'avantage d'être assez clair, relativement connu (en tout cas, de plus en plus) et d'inclure tou•te•s celleux qui sortent de la binarité.
Je précise parfois "non-binaire dans le genre" ou "de genre non-binaire" quand je veux être sûr•e que les personnes comprennent bien de quoi je parle. Je raccourcis aussi parfois le mot en "NB" ou "Enby" (avec la prononciation anglaise).

Ce que j'aimais au départ c'est que c'était une non-catégorie, car j'ai longtemps tenu le discours de "ça sert à rien de mettre des gens dans des cases". J'ai depuis nuancé ce propos, en acceptant les étiquettes dans lesquelles je me reconnaissais et que j'assumais, car on peut en avoir besoin, en particulier pour donner de la visibilité.
Le fait d'utiliser non-binaire pour se définir, ce n'est pas "créer une case pour être différent", c'est utiliser un mot pour définir une identité, gagnant ainsi en reconnaissance et en légitimité, un mot dont on peut être fier•e et derrière lequel peuvent se rallier des personnes ne se sentant pas strictement femme ou homme.



Maverique


Maverique, c'est le terme le plus proche que j'ai trouvé pour parler de ce que je ressentais et c'est donc celui auquel je m'identifie le plus.


Ce mot a été créé par Vesper (aussi connu•e sur Internet comme QueerAsCat) et désigne des personnes strictement non-binaires, qui se sentent vraiment distant•e•s des genres binaires et qui ne se retrouvent pas tout à fait dans les autres termes non-binaires.
Ce n'est pas être agenre puisqu'on possède un genre, mais qu'il nous est propre. Ce n'est pas non plus un genre neutre (car cela implique qu'il est l'intermédiaire des genres binaires) ou un "troisième" genre (là encore, troisième implique qu'il y en a deux autres).
C'est maverique, c'est à dire un ressenti personnel, individuel, différent, politique et identitaire de son genre.
Du moins, c'est ainsi que je le comprends et l'utilise.

Le mot "maverique" vient du mot anglais maverick, qu'on peut traduire par marginal ou non-conformiste, auquel on a ajouté le suffixe -ique, afin de le différencier du sens originel (bien que l'idée de base soit toujours présente).
Après, ce n'est pas tant au mot qu'à l'idée qu'il y a derrière que je suis attachæ. Le mot pourrait être différent, ça ne changerais rien. 


Au sujet du genre social


J'ai été assignæ homme à la naissance (on peut dire "AMAB", pour assigned male at birth) et que bien que je me sois toujours senti•e distant•e de ce genre, ma prise de conscience que la non-binarité était quelque chose de légitime et correspondait à ce que je ressentais est plutôt récente (environ un an et demi).
J'ai donc vécu•e la majorité de ma vie (j'ai 22 ans) comme un garçon, un garçon certes loin des stéréotypes de masculinité, mais un garçon quand même. C'est un fait qui me gêne, mais que je ne peux ignorer, car il a participé à la construction de ce que je suis (ou peut-être plutôt de ce que je ne suis pas), et il a également participé à créer ma position dans la société.
Ce que je veux dire par là, ce que mon genre est perçu par les autres membres de la société comme étant "homme", seul•e•s quelques proches et personnes qui me suivent sur internet me considérèrent "non-binaire maverique" s'iels l'ont accepté.

Mon apparence de genre mêle des éléments androgynes, féminins, masculins et neutres. Par exemple, j'ai des cheveux longs (que je laisse détachés ou attache en queue de cheval), mais je porte aussi la barbe (un bouc). Je porte le plus souvent des vêtements "neutres" (comprendre "non-féminins", puisqu'il est toléré qu'une femme porte des vêtements dits masculins, mais pas l'inverse...) et de couleurs sombres (donc pas spécialement genrés).
Mon apparence me vaut d'être le plus souvent genræ au masculin, mais il arrive assez fréquemment que les personnes qui ne me connaissent pas hésitent et/ou me genrent au féminin. Ce qui me plait et me dérange à la fois, puisque je suis heureuxse de ne pas être désignæ au masculin, mais trouve dommage que le féminin soit la seule alternative envisagée.
Je ne crois donc pas que mon genre social soit tout le temps perçu comme homme, mais le fait que ce soit le cas dans la majorité des cas a une importance dans ma place sociale, puisqu'elle m'offre notamment des privilèges masculins (c'est pourquoi je me considère comme un "allié féministe" plutôt que "féministe", car je n'expérience pas le sexisme en temps que femme) et détermine les a prioris que chacun•e attendra de moi (injonctions au virilisme, au machisme, à la domination masculine, à l'attirance uniquement envers les femmes, etc.).
J'ai beau être suffisamment déconstruit•e (avoir abandonné les grilles de lecture patriarcales pour celles d'un féminisme inclusif, du moins, c'est qu'il me semble), je n'ai pas vraiment de contrôle sur ce que les autres pensent de moi.
Car un autre problème que je rencontre, c'est le fait de ne pas pouvoir être out (qu'on soit au courant de mon genre) partout, notamment dans la vie professionnelle.
Je travaille en médiathèque (en tant que service civique) et je ne peux pas me permettre de corriger chaque utilisateurice qui s'adresse à moi avec un "Bonjour monsieur" blessant (même si c'est pas l'envie qui me manque...).

Ça, c'était comment mon genre est perçu par les autres. Mais il me faut aussi parler de comment j’interagis en société avec mon genre, puisque ça intervient dans mon comportement social.


Mon comportement social : genre et neuroatypie


Je suis également neuroatypique et me positionne vraisemblablement quelque part sur le spectre autistique (probablement asperger).
Je n'ai pas étæ diagnostiquæ par un•e professionnel•le, mais après avoir lu, vu, écouté des personnes concerné•e•s, m'être retrouvæ sur de nombreux points, avoir fait des tests et m'être renseignæ, il me parait de plus en plus évident que c'est ce que je suis.


J'ai du mal à faire confiance aux tests, mais selon celui-ci
je serais aspie (un•e personne avec le syndrome Asperger) - Source

Dans ce qui nous intéresse aujourd'hui, cela a un impact sur la façon dont j’interagis avec d'autres, puisque je ne maîtrise pas et ne me sens pas à l'aise dans les relations sociales.

Quel rapport avec mon genre, me dirait vous...
Et bien j'interagis socialement avec mon genre, d'une manière que je ne contrôle pas vraiment, qui est (il me semble) connectée à cette neuroatypie.

Quand je dois interagir avec quelqu'un•e, je ressens le besoin de ma définir par rapport à ellui en fonction de ce qu'iel est : son caractère, son humeur et globalement tout ce qu'est cette personne, y compris son genre.
Pour le dire d'une autre manière, j'ai tendance à imiter mon environnement.

Je ne sais pas si d'autres personnes se comportent de la même manière et si iels ont un nom pour ce type de comportement. Personnellement, j'appelle ça "faire le caméléon" ou bien "faire l'adjectif".

  • "Faire le caméléon" parce que je me camoufle en quelque sorte dans mon environnement, tout comme le fait l'animal. Cela dit, je ne sais pas si dans mon cas il s'agit vraiment de "camouflage", puisqu'il s'agit d'un comportement social plus que d'une technique de défense.
  • "Faire l'adjectif" me semble plus correspondre à ce qu'il se passe vraiment mais n'a de sens qu'avec la grammaire française actuelle. En effet, j'ai l'impression que je me comporte avec d'autres comme un adjectif se comporte avec un nom dans une phrase en français : je m'accorde "en genre et en nombre" avec les individus, en quelque sorte.


Comment cela se traduit-il concrètement dans mon comportement ?
Et bien lorsque je suis en présence de quelqu'un•e (c'est moins le cas quand j'interagis à distance), je vais m'adapter à ellui, en particulier si je l'apprécie et/ou si iel a une personnalité "forte".
Ça m'arrive particulièrement avec certaines femmes que j'aime bien ou qui m'inspirent : je ressens le besoin pour interagir avec ces personnes de m'adapter à leur comportement et en quelque sorte "m'accorder en genre", entre autres choses. Je vais donc avoir envie de m'accorder au féminin et souvent ressentir un grand choc passif-agressif lorsque ces personnes-là me répondront en m'accordant au masculin.

C'est également lié à quelque chose dont je n'ai pas beaucoup entendu parler, à part par Vesper (que j'ai déjà cité•e comme étant læ créateurice du terme maverique) dans une vidéo sur laquelle j'ai rajouté des sous-titres français, l'"envie/jalousie de genre" ou l'"admiration de genre"



Pour l'expliquer avec mes propres mots, je crois que je ressens une certaine "jalousie de genre" ou plutôt "admiration de genre", envers les femmes, personnes féminines et envers les personnes en dehors de la binarité (dit autrement, envers tout le monde sauf envers les hommes cisgenres), quoi que je n'ai pas de proches (dans la vie de tout les jours) qui soient non-binaires.
Je ressens de l'admiration pour ces personnes et me sens "attiræ" par ce qu'iels sont, y compris leur genre.

Cette admiration de genre me fait remettre en cause en permanence ma non-binarité : si je ressens de l'admiration de genre envers les femmes, est-ce que ce n'est pas parce que j'en serais une ?
Je ne crois pas que ce soit le cas. En tout cas, ce n'est pas ce que je ressens actuellement.
Je suis maverique, je suis non-binaire, strictement hors de la binarité.
Ce que je ressens, c'est une sorte d'attirance, un peu de la même manière qu'un homme cisgenre peut être attiré sexuellement par des femmes sans devenir pour autant une femme. Sauf qu'il ne s'agit pas d'une attirance sexuelle mais d'une admiration envers le genre de ces personnes.
De plus, je ressens cette admiration principalement envers des personnes que je rencontre physiquement et il n'y a (à ma connaissance) aucune personne de ce milieu là qui soit non-binaire. Donc je n'ai pas vraiment l'occasion de ressentir cette admiration là à son plein potentiel (je ne le ressens qu'en partie envers des personnes que je n'ai pas rencontré•e•s physiquement).

Le comportement que j'ai avec les autres passe par leur genre et ma neuroatypie, mais c'est quelque chose sur lequel j'ai peu contrôle et qui ne me convient pas, parce qu'il m'embrouille et me confuse. 

C'est d'autant plus compliqué face à un groupe de personnes, avec des personnalités et des genres multiples, parce que je sens que je dois interagir de manière complexe, soit en les considérant comme une somme individu•e•s et dans ce cas adopter un comportement différent envers chacun•e, soit en les considérant comme un groupe uni et dans ce cas adopter un comportement face à la moyenne de ce que ces personnes me renvoient.
Dans les deux cas, c'est très compliqué et très stressant, c'est pourquoi je suis mal à l'aise face à des groupes d'individu•e•s.
Le pire, c'est peut-être que j'ai l'impression de ne pouvoir être moi-même que lorsque je suis seul•e, puisque je ne suis qu'une version distordue de moi-même en présence des autres.

Je pense qu'il y a encore pas mal à dire sur mon comportement social et le lien avec ma neuroatypie, mais cet article était surtout sur mon genre, je pense que j'en ferais un article consacré.



Les termes que je n'utilise pas mais qui me concernent


Je me reconnais dans plusieurs mots sans pour autant les utiliser.

Comme je viens de le dire, j'ai un comportement social qui peut rappeler celui d'un•e genderfluid et d'un•e neurogenre. Cependant, c'est termes évoquent plus mon comportement, mon genre social, que mon identité. Je reste non-binaire maverique, mais me comporte différemment avec certaines personnes.

Je n'utilise pas trans, trans* ou transgenre pour me définir mais me sent fortement connectæ à cette communauté et à ses luttes
En tant que non-binaire n'ayant pas de véritable passing (le fait d'avoir une apparence correspondant à son genre), je ne suis pas exposæ de face aux actes et réactions transphobes. Je ne vis donc pas ma transidentité de la même manière que d'autres, par exemple des femmes trans avec un passing de femmes. Ne subissant pas les mêmes oppressions que les personnes trans* binaires, je préfère ne pas utiliser ces termes. Disons que je me définirais plus par non-cisgenre que par transgenre
Cependant, c'est juste mon cas, toute personne ne se sentant pas du genre qui lui fut assigné à la naissance peut se définir comme transgenre si ça lui convient.

Il y a également les termes qui ont trait à mes (non-)orientations (en particulier sexuelles et romantiques) mais auquel je ne me sens pas particulièrement connectæ, parce qu'ils concernent mes relations avec les autres plutôt que mon identité.
Je suis graysexuel•e, c'est à dire que je me situe quelque part sur le spectre asexuel (les personnes qui ne ressentent pas ou peu d'attirance sexuelle ou seulement dans certaines conditions), sans avoir besoin de préciser où exactement sur ce spectre.
Je suis bi/panromantique (je me retrouve dans les deux termes), c'est à dire que je peux aimer quelqu'un•e quelque soit son genre, même si le genre peut quand même intervenir dans la façon dont je gère mes relations.
Je me reconnais dans ces termes là, mais ne les utilise pas pour me définir, puisque mes relations aux autres ont déjà suffisamment d'influence sur moi et je préfère me limiter à ce que je ressens envers moi-même dans ce qui me défini.



Qui suis-je ?


C'est la question que je me pose tout le temps et qui a pris une place de plus en plus grande dans ma tête.

J'ai longtemps eu l'impression de ne pas encore exister, comme si je n'étais pas encore né•e, parce qu'il me manquait quelque chose. Ça a changé quand j'ai pris conscience de ma non-binarité.

Cette (re)découverte de soi-même est vraiment rafraîchissante mais est hélas continuellement mise à mal par cette société binaire et cisnormative.
J'aborderais sans doute dans un futur article toutes les revendications que je peux avoir en tant que non-binaire et membre de la communauté LGBTQI+/MOGII (Marginalized Orientations, Gender Identities and Intersex).

J'espère vous avoir poussé•e•s à questionner la binarité des genres et peut-être même votre propre genre.
En ce qui me concerne, en parler m'aide beaucoup à m'affirmer, donc je vous remercie si vous m'avez lu•e.

Depuis que j'ai pris conscience que j'étais non-binaire, j'ai l'impression d'avoir trouvée ma place, d'avoir "éclos", comme une fleur le ferait. 
Cette analogie est assez parlante pour moi : depuis que je m'assume non-binaire, j'ai l'impression d'être une fleur qui s'épanouit au printemps après un long hiver.


~ Winter is ending and I'm finally blooming ~



L, double L, Lionel-Lydia.


***

Si vous vous questionnez sur votre genre et que vous êtes un peu perdu•e•s, sans trop savoir si vous êtes binaires, non-binaires, cis, trans* ou que vous connaissez quelqu'un•e dans ce cas, je recommande les documents de l'association Chrysalide, qui ont déjà aidé beaucoup de personnes.

Si vous cherchez à en savoir plus sur la non-binarité, je vous recommande cette liste de liens (je suis d'ailleurs dedans ;p) qui recense diverses personnes parlant du sujet : http://3615nonbinaire.blogspot.fr/search/label/ressources

J'avais moi-même fait une petite liste dans mon article précédent.

Également pas mal de ressources en anglais sur Gender Wiki, dans le site et les liens qui sont proposés, ainsi que sur la multitude de blogs (sur Tumblr notamment) qui existent.

Et sur les maveriques en particulier, je re-conseille Vesper, sur Tumblr (Queer As Cat, maverique(s)) et sur YouTube, où je traduis certaines de ses vidéos en français.

Commentaires

  1. Sérieux wow j'ai adoré ça ma permis de me rendre compte que certaines choses que je ressens ne sont pas si bizarres que ça merci beaucoup:

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  2. Moi je suis agenre depuis 5 ans, j'ai que 18 ans mais ça rassure de voir qu'il y a des personnes comme moi en France merci

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